un jour, les tournesols (1)
—1
- Je ne peux concevoir un monde sans tournesols.
Sans caresses non plus. Ces derniers mots ne franchirent pas la frontière pulpeuse de ses lèvres. Restés enfermés. Secrets.
- Quand vous étiez dans ma chambre la nuit dernière, j’ai eu envie de vous caresser.
Elle sursauta. Se gourmanda : Calme-toi, tu as mal entendu. C’est encore une divagation de ton esprit. Keep cool
- J’adore caresser. Et votre corps me faisait envie.
- Moi aussi.
- Plait-il ?
- Moi aussi, j’adore caresser. Et mon corps est pareil à de la crème onctueuse. Sensuel, savoureux, fondant.
- Ne me donnez pas plus de regrets.
- Ansi donc…
- Oui.
- Je ne m’en suis pas aperçu.
Aperçu de rien, rien imaginé. Ils avaient passé des heures à discuter et à fumer, d’abord dans le froid puis dans l’ambiance ouateuse mais impersonelle de cette chambre d’hôtel ; au chaud quoi qu’il en soit. Aperçu de rien, rien imaginé. Sûrement à cause de cette boule brûlante qui lui lacerait encore le ventre.
- Vous ne l’auriez pas fait.
- Pourquoi ?
- Je ne vous aurai pas autorisé.
- Je vous ai laissé vous échapper mais si j’avais voulu…
- Je ne me sentais pas en danger. Je n’étais pas venue pour ça. Et vous l’avez certainement senti.
- Vous étiez venue pourquoi alors ?
Pour parler. Pour écouter les mots qu’il distillait au compte-gouttes comme une denrée rare. A cause de ses yeux de loup, de son air de loup. Ca l’avait intriguée. Un loup qui sourit, qui desserre la mâchoire. Qui ne mord pas
Mais elle n’avait pas eu peur. Pour elle, le danger était loin, loin derrière elle. Elle venait juste de le fuir.
- Qu’auriez-vous fait si je vous avais mis « en danger » comme vous dites ?

