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Allongée sur son lit, Mathilde pleurait. Les mains posées sur son ventre, elle suivait le mouvement de sa respiration. Deux larmes tombèrent lourdement sur son plancher. La nuit pour elle était venue.
Au réveil, elle s’était douchée et avait déposé de gouttes de parfum dans son cou. Pour se rassurer. Elle était cette odeur, cette odeur était elle. Donc elle vivait encore. Malgré tout.
Et le reste s’était enchaïné très vite.
Elle ne sait plus très bien où elle avait trouvé les aiguilles, si grosses si pointues si raides entre ses mains. Mais ça s’était enchaîné très vite.
La peur, les verres d’alccol, la douleur, le sang, la fin.
La fin.
Elle s’était pelotonnée dans son lit, tremblante. N’avait plus fait un mouvement durant des heures. Peut-être même des jours. L’enfer.
Un enfer sur terre.
Elle se disait : Ce n’est pas vrai. Je vais me réveiller. Tout cela n’est pas arrivé.
L’envie de vomir revenait. Elle savait alors que c’était vrai. Les aiguilles, la peur, la douleur, le sang.
Quand elle s’était levée le sang avait fait des plaques séchées sur le sol. Sur sa peau aussi.
Elle avait tout astiqué. Le sol. Sa peau. Frotté des heures et des heures, jusqu’à s’épuiser le corps dans un ultime relan d’énergie. Jusqu’à se briser l’âme.
Quand tout fut fini, elle avait enfilé une robe douce une robe de coton léger une robe aux couleurs fondantes et elle avait ouvert le réfrigérateur.
Elle avait mangé tous les restes : un vieux bout de fromage sec, deux cornichons rabougris dans un bocal presque vide, deux barres de chocolat à la noisette – elle enfourrnait les gros carrés les uns après les autres dans sa bouche et n’arrivait même pas à fermer les lèvres pour mastiquer – une petite courgette fripée et le fond d’un pot de confiture de mûres qu’elle nettoyait avec ses doigts qu’elle rentrait sucrés et collants dans sa bouche déjà bien pleine.
Elle voulait remplir ce vide.
Vite. Avec boulimie. Ne plus sentir ce vide qui la hanterait toutes ses nuits toute sa vie. Et les suivantes aussi.
Combien de nuits lui faudrait-il pour aller mieux ? juste un peu mieux ?
Combien de vies ?
Elle s’était levée, avait écouté les messages sur le répondeur et elle avait senti l’air rentrer à nouveau dans son esprit. Dans son corps.
Elle se traînait sa démarche était chancelante, boîteuse. Sa bouche était pâteuse. Elle but des litres d’eau, de sirop de grenadine, le restant de la bouteille de vodka. Et elle vomit.
Elle avait juste eu le temps de se tourner vers l’évier de la cuisine qui fut bientôt recouvert d’une couche infâme, difficile à qualifier.
Comme la tête lui tournait elle s’était allongée. Les mains posées sur son ventre. Et les larmes étaient venues. La nuit aussi. Sa nuit.